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Molex, le voyage de syndicalistes à Chicago, par Guy Pavan

5112009

 

 

 

Un article dans l’Humanité du 05.11.2009 : Molex, le voyage de syndicalistes à Chicago

 

 

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Guy Pavan et Denis Parise, syndicalistes CGT de Molex, sont allés manifester, la semaine dernière, devant le siège social de la multinationale, près de Chicago. Ils ont été refoulés de l’assemblée générale des actionnaires mais ont également pu nouer des contacts avec les syndicats états-uniens.

Par Guy PAVAN

 

 

Théâtre d’un long et emblématique conflit social, l’usine Molex, à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), ne produit plus de connecteurs électriques pour automobiles. La multinationale, basée aux États-Unis, n’a même pas pris la peine de respecter la loi française pour délocaliser la production, fermer le site et le vendre au fonds d’investissement HIG. Celui-ci ne conserve qu’une vingtaine d’emplois, peut-être une cinquantaine, sur les deux cent quatre-vingt-trois. Malgré ses engagements, le gouvernement n’a pas trouvé de repreneur digne de ce nom. Sur place, les syndicats se battent pour que se tienne une table ronde sur l’activité industrielle et obtenir des constructeurs automobiles, PSA et Renault, donneurs d’ordres de Molex, qu’ils s’engagent sur un carnet de commandes qui permettrait le redémarrage de la production. Même s’ils ont les yeux tournés vers un autre avenir, les salariés n’en ont pas tout à fait fini avec leur patron voyou. Au point que deux d’entre eux, Denis Parise et Guy Pavan, syndicalistes de la CGT, ont effectué le voyage jusqu’aux États-Unis, à Chicago, ville qui accueille le siège social de Molex. À la demande de l’Humanité, Guy Pavan a tenu un carnet de bord.

 

 

JEUDI 29 OCTOBRE

Nous avons rendez-vous devant les bureaux d’enregistrement de Roissy-Charles-de- Gaulle avec Hélène Bouneaud, conseillère de la CGT pour les questions internationales, et Chrystel Jaubert, journaliste à la NVO. 8 h 30 : rencontre avec Hélène, que nous ne connaissions pas. Nous remplissons les formalités d’embarquement. Arrivée de Chrystel. 11 heures : décollage.

 

- JEUDI, 14 HEURES (Heure locale)

Arrivée à Chicago. Passage par les services de l’immigration pour le contrôle des passeports. Hélène passe sans problème, Chrystel également. Nous remarquons avec Denis un agent de police corpulent qui ne cesse de nous dévisager. C’est au tour de Denis de se présenter au contrôle : remise du passeport et des documents à remplir pour entrer sur le territoire américain, prise des empreintes digitales, photo. Puis l’agent de police qui nous dévisageait vient récupérer le passeport de Denis et lui fait signe de le rejoindre. Je me doute qu’il va en être de même pour moi. Effectivement, après les formalités d’usage, même sanction. L’agent de police nous conduit dans un poste pour un contrôle plus approfondi. Hélène, qui parle couramment anglais, veut intervenir pour savoir ce qui se passe : l’agent lui fait comprendre d’un geste de la main et sans sourire qu’elle doit s’écarter. Nous voilà donc dans une salle avec de nombreuses autres personnes à attendre on ne sait trop quoi. Environ toutes les dix minutes, des personnes sont appelées par des agents de police : les passeports leur sont rendus et elles peuvent partir. Plus d’une heure après, nous sommes toujours là sans savoir pourquoi. Ça devient inquiétant. Il est interdit de téléphoner et d’informer nos camarades de ce qui arrive. Enfin, je suis appelé par un agent. Je le suis dans un bureau. Il me questionne et je lui fais comprendre que je ne parle pas anglais. Il s’absente. Retour un bon quart d’heure après avec une hôtesse d’Air France qui va servir d’interprète. L’agent de police me soumet à un questionnaire sur le motif de ma venue à Chicago. Le ton est correct. Je peux retourner à la salle d’attente et c’est au tour de Denis de passer à l’interrogatoire.

 

- JEUDI, 16 HEURES

Denis me rejoint. L’hôtesse d’Air France vient nous voir et nous dit que cela va s’arranger rapidement. À 17 heures, nous sommes toujours là. Je suis appelé une deuxième fois. J’entre dans le bureau, un deuxième agent de police est présent pour faire l’interprète : il parle français, mais très mal. C’est lui qui pose des questions que je ne comprends pas du fait de son mauvais français, mais je sens dans le ton un durcissement. Devant mon incompréhension sur les questions posées, l’autre agent de police sort d’un dossier des photocopies d’articles de presse sur le conflit Molex à Villemur. Il prend une photocopie avec photo me montrant lors d’une prise de parole devant la porte de l’entreprise. Très sèchement, il m’est demandé si c’est moi. J’acquiesce et je peux rejoindre Denis dans la salle. Hélène a réussi à nous rejoindre et elle donne à l’agent les mandats attestant que nous allons bien à l’AG des actionnaires de Molex. L’agent les prend ainsi que son passeport. Hélène nous informe que Chrystel, dehors, rameute les camarades des syndicats américains. À cet instant, nous sommes quand même très inquiets même si la remise des mandats les a quelque peu perturbés. L’hôtesse d’Air France revient voir les forces de police. Elle nous dit que cela va s’arranger rapidement. Il est 18 heures et elle nous avait dit la même chose deux heures avant.

 

- JEUDI, 18 H 30

Enfin les passeports nous sont rendus et nous pouvons pénétrer sur le territoire des États-Unis. Nous retrouvons Chrystel, aux côtés du président du syndicat WU (Workers United) dans le Middle West, Noël Beasley. On apprend qu’il est intervenu pour qu’on nous laisse passer. Noël nous amène à l’hôtel où nous arrivons vers 20 h 30.

 

 

VENDREDI 30 OCTOBRE

 

- VENDREDI, 7 H 30

Noël nous récupère pour aller à l’AG des actionnaires de Molex à Lisle, siège social du groupe. Arrivée devant le siège vers 8 h 45. Nous sommes attendus pas une cinquantaine de manifestants venus nous soutenir et qui brandissent des pancartes demandant justice pour les salariés de Molex. Ils sont tous adhérents ou responsables de syndicats. L’ambiance est extrêmement chaleureuse. Denis et moi portons des autocollants CGT. Certains connaissent notre syndicat. United Electric (UE) et WU ont déjà travaillé avec la CGT par le passé. Les manifs n’ont pas le droit de rester statiques, c’est pourquoi nous faisons des allers et retours pendant trois quarts d’heure, sous la pluie, devant le siège de Molex ! Un syndicat de chauffeurs routiers est aussi présent avec un camion mais celui-ci n’a pas eu l’autorisation de stationner  : alors il passe et repasse et klaxonne à chaque fois ! Une femme vient nous voir : elle nous a reconnus. Elle est archiviste et était venue à Villemur-sur-Tarn pendant plusieurs mois pour scanner les plans des machines. Depuis, elle a été licenciée par Molex… Un responsable syndical prend la parole : il dit qu’il faut rester unis contre les fonds de pension. Puis c’est notre tour. J’ai improvisé pendant cinq minutes, d’abord pour remercier les camarades américains de leur accueil, ensuite pour dire que face aux multinationales les salariés doivent s’organiser mondialement. Hélène traduisait.

 

- VENDREDI, 10 HEURES

Direction vers le lieu de l’AG des actionnaires. Des voitures de police arrivent, au grand étonnement des syndicats américains. Nous sommes stoppés devant l’entrée du siège par le service de sécurité de Molex et une femme demande à contrôler nos identités et nos mandats. Nous pouvons entrer dans la propriété et arrivons devant le bâtiment où se tient l’AG. Nous pénétrons dans le hall et nous sommes arrêtés cette fois par le service de sécurité de Molex et repoussés à l’extérieur. Nous présentons à nouveau les mandats, mais ils ne veulent rien savoir. Hélène insiste sur l’illégalité de leur comportement. Rien à faire. Le ton monte. Ils disent qu’ils vont nous faire arrêter si nous ne quittons pas les lieux dans les deux minutes. Ross Hyman, représentant du syndicat AFL-CIO qui détient des actions dans le groupe Molex, est à nos côtés et a toute légitimité en tant qu’actionnaire pour participer à l’AG : il est lui aussi refoulé ! Il y a un fort énervement du côté des vigiles, nous n’insistons pas et rejoignons les manifestants, encadrés par les services de sécurité de Molex et les forces de police arrivées en nombre (cinq ou six voitures). Denis et moi, nous n’étions pas très étonnés par leur rejet : on a vu comment la direction de Molex se comporte à Villemur ! Toute cette armada nous a collés jusqu’à la dislocation de la manif mais, avant, Hélène a pris la parole pour raconter ce qu’il s’est passé. Les manifestants ont hué Molex ! R e t r o u v a i l l e s a v e c quelques syndicalistes dans un café-snack. Les flics et un véhicule de la sécurité de Molex nous ont suivis jusqu’au bar. À l’intérieur, nous discutons de l’événement, qui surprend les syndicalistes. Nous attendons le responsable de l’AFL-CIO, Ross Hyman, qui tente encore d’accéder à l’AG. Arrivée de celui-ci. Il vient de se faire définitivement expulser de l’AG par Molex. Les camarades américains se rendent concrètement compte du comportement de la direction de Molex et sont extrêmement surpris de la présence aussi forte de la police et du rôle qu’elle a joué.

 

- VENDREDI, 13 HEURES

Nous partons vers les locaux du syndicat WU où nous prenons un repas avec des syndiqués. Après-midi de rencontre avec des entreprises en lutte et leurs délégués. Nous relatons notre lutte et eux la leur. Il y a là des salariés d’une entreprise de confection. Et des syndicalistes UE d’une entreprise qui produit à grande échelle des fenêtres. Ils suivaient notre lutte à Villemur depuis longtemps, se souvenaient que nous avions retenu deux dirigeants, voulaient savoir comment on avait fait ! Dans cette entreprise de fenêtres, ils ont occupé l’usine pendant dix jours et les salariés, surtout des femmes, se sont enchaînés aux machines pour qu’elles ne partent pas.

 

 

SAMEDI 31 OCTOBRE

Le matin, avec Chrystel, Hélène et Denis, nous sommes allés à pied nous promener le long des quais de Chicago, sur les bords du lac Michigan. Il faisait froid. J’avais envie de rentrer à la maison. Je n’aime pas les voyages. L’après-midi, nous nous retrouvons dans des locaux syndicaux avec l’UE et le WU pour parler de l’immigration, de la santé et de la syndicalisation. Les discussions avaient lieu en anglais, c’est surtout Hélène qui participait. Les États-Unis sont un pays fait d’immigrés et ils ont un problème avec l’immigration. Ça me dépasse. Les syndicalistes se bagarrent pour avoir un système de santé pour tous. Ils envient le nôtre, qu’on est en train de détruire. Là, il y a des convergences entre nous.

 

- SAMEDI,16 HEURES

Noël nous conduit jusqu’à un cimetière à l’extérieur de Chicago où a été dressée une stèle à la mémoire des grévistes de 1886, les martyrs de Haymarket, qui revendiquaient la journée de travail de huit heures. La police avait tiré sur les manifestants. Des leaders socialistes ou anarchistes ont ensuite été pendus. La grève avait débuté autour du 1er mai. Cette date est devenue ensuite la Fête des travailleurs dans le monde. Pour Noël, c’était important de nous amener en ce lieu.

 

 

DIMANCHE 1ER NOVEMBRE

Nous nous baladons dans les rues de Chicago. Il y a des taxis partout. Les immeubles sont si hauts qu’on ne voit pas le soleil.

 

- DIMANCHE, 20 HEURES

Arrivée à l’aéroport pour prendre l’avion du retour. Je fais le constat que, d’un bout à l’autre de la planète, les ouvriers subissent les mêmes pressions, ont les mêmes problèmes face à un patronat qui a les mêmes objectifs. Face à ce patronat qui est organisé mondialement, nous avons la conviction que, pour le contrer, il faut créer des liens très forts entre les syndicats ouvriers, surtout dans les multinationales. L’initiative de la CGT de nous amener à l’AG des actionnaires avec l’aide des syndicats des États-Unis participe à cette unité.

 

 

 

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