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Ca peut pas disparaître, ça !

22072009

 

 

Un article dans libération, un portrait de Guy Pavan :

 

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 » Ca peut pas disparaître, ça ! »

 

Syndicaliste depuis trente ans, Guy Pavan a l’histoire de Molex chevillée au corps :

 

Par GILBERT LAVAL VILLEMUR-SUR-TARN, envoyé spécial

 

 

«Viens ! Ça t’intéresse peut-être pas, mais il te faut voir.» Il tend son bras vers les immeubles de la «cité des champs de maïs» qui se dessinent au bout de l’usine. «J’y habitais, au troisième étage, avant.» Il a une drôle d’allure, Guy Pavan, avec son short, ses cheveux en queue de cheval et une blouse Molex enfilée sur des épaules voûtées. Un drôle de regard, aussi, empli de nostalgie et de regrets quand il raconte Molex. Qu’il parle de ces «ouvriers [qui] apprenaient alors le boulot aux jeunes». Un énorme sanglot, enfin, qui l’étouffe. «Ça peut pas disparaître, ça. Ça peut pas disparaître.» Ça peut. Il ne le sait que trop.

Délégué du personnel, délégué CGT auprès du comité d’entreprise, Guy Pavan avait 20 ans en 1976. Il est alors embauché aux ateliers de moulage. «C’était le Moyen-Age, ces ateliers. En y entrant, j’ai tout de suite demandé s’il y avait un délégué syndical.» Trois ans plus tard, le délégué, c’était lui.

«Collectivement». Il faut dire que le jeune homme avait déjà quelque expérience. «J’ai commencé à 17 ans dans une boîte à Mulhouse où les délégués te foutaient une baffe si tu ne faisais pas grève. On faisait grève un peu pour n’importe quoi. La première grève raisonnée que j’ai faite, ça a été plus tard, à l’armée.» Il se souvient de l’agrégé d’histoire qui leur avait appris que les punitions collectives n’y existaient pas. «Alors, c’est collectivement qu’on faisait nos conneries», dit-il.

Il tient du gréviste vers lequel les autres grévistes se tournent naturellement. «Je vote toujours coco», raconte-t-il. Comme par fidélité à l’histoire ouvrière. Une fidélité éprouvée : «Les jeunes ne sont plus très militants, même ceux du Parti.» Guy Pavan, c’est de la conscience ouvrière sur pattes. «Je ne suis peut-être pas très diplômé», sourit-il. Mais il ne faut «pas le prendre pour un con».

Il n’habite plus la cité au bout de l’usine. «La vie», autrement dit un divorce, l’a amené à déménager non loin de là, «dans une maison de garde-barrière». Il s’y occupe de ses aquariums et y voit ses deux petits-enfants. C’est aussi de là qu’il part marcher ou file en ville écumer les cafés-concerts.

«Loi de l’argent». Sa Peugeot 106 est garée là. «J’ai pas la voiture que je veux, mais celle que je peux me payer». Il se fiche d’ailleurs de ce qu’il n’a pas. Comme il se fiche de ce qu’il pourrait perdre en même temps que son emploi de technicien du service qualité chez Molex. Ce qui compte, outre les gamins de sa fille et ses poissons, c’est sa «conviction qu’on peut faire différemment». Que le monde ouvrier n’est «pas condamné à subir la loi de l’argent».

Au bout de trente ans de carrière, Guy Pavan dit gagner 1 500 et quelques euros nets par mois. Et même pour ça, il a dû bagarrer en justice, s’étant plaint de discrimination syndicale. S’il n’en reste qu’un à se battre, il veut croire qu’il sera celui-là. Avec son short, sa blouse, sa queue de cheval et sa Peugeot 106 équipée par Molex.

 

 

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A lire ici en ligne : « Ca peut pas disparaître, ça ! » – Libération le 21.07.2009

 

 

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